Intelligence artificielle, un potentiel indiscutable

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Malgré les principales limites de l’IA que nous avons exposé dans les articles précédents, celle-ci dispose d’un potentiel et d’atouts indiscutables tandis que la justice, qui peine à se réinventer, a entretenu des faiblesses historiques.

Le marché de l’IA, tous domaines d’application confondus, devrait atteindre 89,8 milliards de dollars d’ici 2025 (contre 200 millions en 2015)1 et permettre aux entreprises d’accroître leur rentabilité de 38 % et leur productivité de 40 % d’ici 20352.

Outre la prouesse technologique qu’elle constitue, on comprend donc aisément l’engouement des entreprises pour l’IA et son implémentation à grande échelle. Compte tenu des investissements réalisés dans le domaine, les outils pourraient évoluer avec le temps jusqu’à être plus performants que l’homme dans l’exécution de certaines tâches.

L’homme doit l’admettre : il est faillible et ne dispose pas de la capacité de traitement de l’information d’une machine. 

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Les juristes le savent bien, puisque l’informatique est déjà au cœur de leur métier depuis une vingtaine d’années à travers les outils de recherche juridique sur les bases de données jurisprudentielles et doctrinales. Et pour cause, face au grand nombre de décisions et/ou d’articles, il a toujours été impossible pour les professionnels du droit de lire l’ensemble des éléments nécessaires.

De ce point de vue, l’informatique a permis une grande avancée en réduisant drastiquement le volume de résultats à partir de simples mots-clés. Or, il est intéressant de remarquer que peu rejettent à ce jour l’utilisation de ces outils, sans doute parce que les techniques de machine learning progressivement implémentées dans ces outils n’ont pas donné l’impression aux utilisateurs d’être remplacés par une autre intelligence mais simplement de gagner du temps.

Pourtant, à la place de ces moteurs de recherche, il y a initialement des documentalistes, des stagiaires, des juristes, des avocats, des magistrats etc., contraints de chercher et de lire des heures durant. Du fait de l’informatique, leur métier s’est transformé et certains ont été remplacés. Le gain de temps apporté a fait toutefois pencher la balance en leur défaveur.

James Yoon, avocat associé chez Wilson Sonsini Goodrich & Rosati en Californie l’illustre parfaitement en comparant les effectifs nécessaires sur un même dossier dans les années 1990 et aujourd’hui : 3 associés, 5 collaborateurs et 4 assistants juridiques en 1999 contre 1 associé, 2 collaborateurs et 1 assistant juridique aujourd’hui. Quelle en est la cause ? Le resserrement des dépenses juridiques bien sûr, mais aussi, et surtout, les technologies numériques qui ont automatisé certaines tâches, comme la recherche de documents. Malgré tout, selon lui, la technologie d’analyse basée sur les données ne remplace pas l’homme mais l’aide car le travail qui consomme le plus de temps implique stratégie, créativité, jugement et empathie – et ces efforts ne peuvent pas encore être automatisés3.

Depuis 20 ans, nos professions ont déjà connu une révolution numérique et les technologies d’IA proposent la même chose aujourd’hui : une transformation de nos métiers. Or, n’avez-vous pas l’impression que nos métiers doivent évoluer ? Que la justice est encore trop lente ? Que certaines pratiques demeurent archaïques ? Et pire encore, que ses fondements s’effritent ?

Pour preuve la crise de la Justice, à laquelle seulement 53% des Français faisaient confiance en 2019, loin derrière l’armée (83%) et la police (75%), selon une étude de l’IFOP4. C’est avant tout son mauvais fonctionnement qui est dénoncé (62% des Français) mais aussi l’intégrité et la compétence des juges.

Tous les mythes qui entourent la justice pourraient donc bien tomber avec ceux qui entourent l’IA, comme l’affirme Antoine Garapon qui considère que l’IA « révèle l’inconscient des institutions juridiques » et que « la justice prédictive fait s’effondrer le mythe d’une loi impartiale et aveugle »5. Les technologies bouleversent les acteurs du droit et les mettent en face de leurs propres fictions, si bien qu’elles pourraient finalement être leur meilleur allié pour éviter une crise de confiance totale de l’appareil judiciaire.

Article rédigé par Marie Dulin en mai 2020

Publié le 3 mai 2021

Références

1 OMDIA, Tractica. (2017). Artificial Intelligence Market Forecasts. Disponible à l’adresse https://tractica.omdia.com/research/artificial-intelligence-market-forecasts/

2 Accenture. (19 juillet 2017). Etude Accenture sur l’intelligence artificielle [Communiqué de presse]. Disponible à l’adresse https://www.accenture.com/fr-fr/company-news-release-artificial-intelligence-2035

3 Lohr, S. (19 mars 2017). A.I. ls Doing Legal Work. But lt Won’t Replace lawyers, Yet. Disponible à l’adresse https://www.nytimes.com/2017/03/19/technology/lawyers-artificial-intelligence.html

4 IFOP. (22 novembre 2019). Les Français et la justice. Disponible à l’adresse https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-la-justice-4/

5 France Culture (11 février 2017). Justice : des algorithmes pour prévoir l’issue des procédures [Emission], Le numérique et nous par Catherine Petillon. Disponible à l’adresse https://www.franceculture.fr/emissions/le-numerique-et-nous/justice-des-algorithmes-pour-prevoir-lissue-des-procedures