Intelligence artificielle - Le questionnement

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L’intelligence artificielle a le vent en poupe.

En conquérant nos vies numériques, elle est devenue une réalité quotidienne si bien que « tout ce qu’on crée aujourd’hui en technologie, c’est de l’intelligence artificielle»1

Pourtant, cette branche scientifique existe, en tant que sujet académique, depuis près de 70 ans. Elle a connu de nombreux échecs qui ont failli avoir raison d’elle, avant de revenir sur le devant de la scène en raison de la concurrence de trois phénomènes : des volumes de données gigantesques, des ressources de calcul disponibles et des algorithmes novateurs (notamment les algorithmes dits de deep learning)2.

Les articles pleuvent ainsi par milliers sur le sujet, donnant à cette entité toutes sortes d’attributs extrêmes et contradictoires.

Tandis que les assauts d’annonces commerciales nourrissent le mythe d’une technologie surhumaine, l’armée scientifique, pleine d’espoir, se veut rassurante, sans succès, face à une société qui boit l’information à pleine gorgée sans regarder ce qu’il y a dans son verre.

Dans cette tempête informationnelle, difficile de s’y retrouver…

Pourtant, à y regarder de plus près, une question commune semble animer ces communautés, si antagonistes soient-elles, révélant la cristallisation d’une peur unique : la machine remplacera-t-elle l’homme ?

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Pourtant, à y regarder de plus près, une question commune semble animer ces communautés, si antagonistes soient-elles, révélant la cristallisation d’une peur unique : la machine remplacera-t-elle l’homme ?

Mais alors d’où vient cette peur ? Des films de science-fiction, sans doute. De la théorie d’une « singularité technologique », développée par certains des hommes les plus influents de la planète 3, assurément.

Toutefois, cette peur n’est-elle pas le reflet d’une remise en question inavouée ? Si nous craignons que la machine nous remplace, n’est-ce pas parce que nous devons nous-même changer ou, plutôt, que l’homme a tellement changé que rien ne fait plus de lui un être si « singulier » ?

Si tant est que cette singularité technologique existe, ne devrions-nous donc pas suivre le raisonnement mathématique d’Averroès, tel qu’une machine le ferait, et en déduire que la peur, et avec elle la haine et la violence, naissent de l’ignorance ?

La solution serait alors de comprendre à quoi renvoie ce terme quasi-mystique de « l’intelligence artificielle ».

Jean-Gabriel Ganascia, chercheur au Laboratoire informatique de Sorbonne-Université (LIP6) et président du comité d’éthique du CNRS la définit comme « une discipline scientifique qui a pour but de décomposer l’intelligence en fonctions élémentaires, au point qu’on puisse fabriquer un ordinateur pour les simuler ».

Sous cette définition à l’apparence simpliste se cache en réalité de nombreux éléments caractéristiques.

Tout d’abord que l’intelligence artificielle est un domaine d’étude scientifique, particulièrement vaste, qui fait appel à de nombreuses compétences, parmi lesquelles l’informatique et les mathématiques mais aussi les neurosciences, l’ingénierie et le droit !

D’autre part, qu’il s’agit non pas de remplacer l’intelligence humaine, mais bien de la simuler, composant par composant, nuance ignorée qui, nous le verrons, s’avère particulièrement d’actualité et entretient cette peur de la machine.

Toutes ces problématiques produisent un écho tout particulier dans le monde juridique, ce microcosme à la fois si innovant intellectuellement et si traditionnel matériellement.

Comme dans tous les domaines, les professionnels du droit n’ont pas tardé à être submergés par l’intelligence artificielle, brandie par les start-ups infiltrant le domaine juridique, abusivement appelées « legaltechs », comme si l’innovation technologique constituait leur seule proposition de valeur.

Affolés, les juristes ont alors tenté d’assassiner l’intelligence artificielle dans son berceau et blâmé ces legaltechs osant marcher sur leurs plates-­bandes, en invoquant, une fois encore, la noble cause de la justice.

Leurs efforts ont été vains.

L’intelligence artificielle a grandi et est venue mener une bataille contre la forteresse dorée qui empile, depuis des siècles, des feuilles de papier pour bâtir sa muraille, illustrant une nouvelle fois la même crainte : se faire remplacer.

Quelle sera l’issue de cette bataille ? Nous ne prétendons pas pouvoir le prédire. Toutefois, puisque les cartes sont battues, peut-être pouvons-nous regarder le jeu de chacun afin d’apprécier dans quelle mesure nos préconceptions sur l’intelligence nourrissent les hostilités et masquent la possibilité d’une alliance.

Article rédigé par Marie Dulin en mai 2020

Publié le 3 mai 2021

Références

Luc Julia, cocréateur de Siri, cité par Tuai, M. (2019, novembre 13). L’intelligence artificielle, le grand malentendu. Disponible à l’adresse https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/13/l-intelligence-artificielle-le-grand-malentendu_6018956_3232.html

Marc Israël (12 juin 2019). Intelligence artificielle avec AWS, exploiter les services cognitifs d’Amazon. Broché. Editions ENI.

3 Notamment par Ray Kurzweil, professeur au MIT, directeur ingénierie chez Google et cofondateur de la Singularity University, qui a développé sa théorie dans de nombreux articles depuis les années 1990.